Pourquoi le système capitalisme est du génie ?


LE NOUVEL ESPRIT DU CAPITALISME

« Le Nouvel Esprit du Capitalisme » est un ouvrage écrit par deux sociologues français Luc Boltanski et Ève Chiapello, paru en 1999. Dans ce livre, les auteurs analysent l'évolution du capitalisme et son impact sur la société. Ils mettent en lumière les transformations profondes qu'a connues le capitalisme depuis les années 1970, notamment l'émergence d'une nouvelle logique managériale et la valorisation de l'entrepreneuriat et de l'innovation. Luc Boltanski et Ève Chiapello examinent également les implications de ces changements sur le travail, les relations sociales et la culture. Leur analyse critique invite à repenser les dynamiques économiques et sociales à l'aube du XXIe siècle.


Ici, nous reviendrons sur leur thèse principale : comment le capitalisme parvient-il à absorber la critique dans de nouvelles formes de marchandisation ? (Bon ca sera qu'un petit bout)

Le capitalisme, un bien commun


A) C'est quoi le capitalisme

Avant d'aborder la question du nouvel esprit du capitalisme, il est essentiel de préciser ce qu'est le capitalisme. Selon Luc Boltanski et Ève Chiapello, le capitalisme mondial est « entendu comme la possibilité de faire fructifier son capital par l’investissement économique ou le placement économique » (p. 21). En gros le capitalisme c'est le faite de CUMULER.
« C'est précisément parce que le capitalisme a partie liée avec la liberté, n'a pas une emprise totale sur les personnes, et suppose l'accomplissement de très nombreux travaux non réalisables sans l'implication positive des travailleurs, qu'il doit donner des raisons acceptables de s'engager » (Boltanski & Chiapello, 2011, p. 580).


En d'autres termes, le capitalisme repose sur une organisation de nos actions, se voulant amoral, car fondé uniquement sur le principe d’accumulation et non sur les désidératas de ses participants. Ainsi, le capitalisme ne peut se présenter comme vertueux et doit offrir des raisons plus substantielles de l'accepter et même de s'y engager. Cette thèse est l'une des premières défendues par les auteur·ices et confère son sens au titre de l'ouvrage avec une référence à Max Weber. 

Petit point culture : 
Max Weber, dans son ouvrage classique L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, explore la manière dont certaines valeurs culturelles et religieuses, en particulier celles liées au protestantisme, ont contribué au développement et à la consolidation du capitalisme en Occident. Weber soutient que l'éthique protestante, avec son accent sur le travail acharné, la frugalité et la responsabilité individuelle, a joué un rôle clé dans la formation de l'esprit capitaliste.    

 
Il faut imaginer le capitalisme comme un système de tuyaux autour des pays qui l'utilisent. Ce système serait donc un bien commun, bénéfique à tous, et le meilleur système d'irrigation qui existe. Mais pour que ce système fonctionne, il faut travailler pour ajouter de l'eau à l'intérieur. En fait, le capitalisme est tellement devenu normal que la majorité des personnes ne se posent jamais la question. Elles ne se disent jamais : "Et si c'était de la grosse crotte ?", "Et si en fait, ce n'était pas du tout un bien commun ?"


B) La critique envers le capitalisme

En réalité, malgré son hégémonie apparente en tant que modèle socio-économique prépondérant, le capitalisme est sujet à des critiques. Parce que bon, beaucoup de personnes se rendent bien compte que le tuyau il fuit, qu'il ne coule pas partout et surtout que certain sont beaucoup plus arrosé que d'autres. On a d'un coté la critique qu'on appelle "la critique artiste" et de l'autre "la critique sociale" qui n'a pas les mêmes revendications et les 4 piliers des sources d'indignation : le capitalisme serait désenchantant, oppressant, inégale et égoïste. 

La critique artiste : Elle s’enracine dans un mode de vie bohème. 
  1. Le désenchantement
    Pour les artistes, le capitalisme oppose leurs liberté en tant qu'artiste à une perte de sens [de l'art] qui découle de "la standardisation et de la marchandisation généralisée" (p. 84). La critique artiste affirme que le capitalisme transforme le monde en une vision où tout est réduit à une simple marchandise, comme décrit par la philosophie de Max Weber. Cela signifie que chaque élément perd sa signification propre et est uniquement vu à travers une logique de transaction, rendant l’existence des individus ternes et sombres.
  2. L'oppression :
    Le capitalisme entraverait les aspirations à la liberté, à l'autonomie et à la créativité individuelles. Cette critique souligne la volonté du capitalisme de dominer et de soumettre les individus à un travail prescrit dans le seul but de générer des profits. La critique artiste dénonce également l'hypocrisie du système capitaliste, qui prétend être moral tout en opprimant les artistes, dû une massification qui efface les différences entre les individus et les objets.

    Oui les artistes trouvent globalement qu'à cause du capitalisme, l'art c'est devenue "commercial". C'est pour ça qu'on entend le "ah t'es trop commercial" par exemple dans le monde de la musique.

La critique Sociale : It's meeee et les sciences sociales. Oui c'est aussi pour ça que la socio a mauvaise presse, car elle ne cesse d'accumuler les preuves contre le capitalisme
  1.  Les inégalités
    Bon pas besoin de vous faire de dessin, elles sont omniprésentes malgré la capacité du capitalisme à engendrer une richesse supposément collective. 
  2. L'égoïsme
    L'opportunisme et l'exploitation inhérents au fonctionnement même du capitalisme, suscitent un regard critique, mettant en lumière leur tendance à privilégier les intérêts particuliers au détriment du bien commun, alimentant ainsi une compétition délétère et une aliénation généralisée.


C) L'esprit du capitalisme ?

L'esprit du capitalisme, selon Luc Boltanski et Ève Chiapelle, désigne l'ensemble des justifications idéologiques et morales qui rendent le capitalisme acceptable et légitime aux yeux de la société. C'est à dire comment on justifie qu'on continue d'utiliser ce gros tuyau alors que clairement, bon, ce tuyau c'est peut-être de la daube, en plus il fuit, il pue... enfin bon. 

D’après les auteur·ices, on retrouve une justification permanente et générique du capitalisme à travers « trois piliers justificatifs centraux » : il permet le « progrès matériel », assure « efficacité et efficience dans la satisfaction des besoins » et établit un « mode d'organisation sociale favorable à l'exercice des libertés économiques et compatibles avec des régimes politiques libéraux » (p. 50) (cité par Ramaux, 2001).

En somme, le capitalisme s'appuie sur l'idée du bien commun, prétendant être le meilleur système pour toustes. Cette vision du bien commun est soutenue par les sciences économiques, qui se présentent comme non idéologiques et neutres. La science économique est perçue comme une sphère autonome, indépendante de l’idéologie et de la morale, masquant ainsi que cette conviction est elle-même le produit d’un travail idéologique.   
L'incorporation de l'utilitarisme à l'économie a conduit à considérer comme allant de soi que tout ce qui est bénéfique pour l'individu l'est également pour la société, avec l'idée que tout ce qui engendre un profit sert aussi la société. Seul l'accroissement de richesse, perçu comme bénéfique pour l'individu, est retenu comme critère du bien commun.

"Oui, mais ça va on est LIBRE"


Ce n'est pas tout, le génie du capitalisme c'est qu'il arrive à intégrer la critique et à y répondre. Ainsi le discours de la libération c'est du pain bénie pour le capitalisme.

Le discours de la libération est une composante essentielle de l'esprit du capitalisme, car c'est en intégrant la critique que le capitalisme peut évoluer, en offrant une réponse libératrice aux injustices passées.  En sommes à chaque fois qu'on pointe du doigts des problème la réponse sera toujours "Pardon oui, venez on met un scotch" ou "Ah oui, purée venez on va renforcer le tuyau". Puis le fait qu'on puisse être libre de nommer ses défauts permet de lui donner une dimension plus morale qui lui fait défaut à la base (oui car accumulé c'est mal vu hein) et donc redorer son image ! 
Alors que les critiques exigent plus de justice, d'égalité, de partage et de liens sociaux, le système capitaliste doit proposer des solutions pour se renouveler tout en ne changeant pas le principe de base qui est l'accumulation. Ainsi tout ce qui n’est pas de l’accumulation (le tuyau) peut s’adapter et se transformer, pour cela chaque réponse à la critique va suivre « deux lignes distinctes » (p.521)



1) La première est de cibler constamment le traditionalisme.

En brandissant la menace d'un retour en arrière. Par exemple, dans le discours politique on observe fréquemment une rhétorique qui associe les modèles économiques plus anciens, comme le communisme, anarchisme, communisme. à l'inefficacité, au manque de liberté et à la stagnation économique. En contrastant le capitalisme avec ces modèles, on cherche à renforcer l'idée que revenir en arrière vers ces systèmes serait désastreux.

On le voit parfaitement aujourd'hui avec Macron qui est prêt à dire toutes les dingueries pour disqualifiée les parties qui pourraient remettre en question ce tuyau.
A noter que le libéralisme est un "nouvelle esprit du capitalisme". Quant à l'extrème droite c'est un modèle classique et traditionnelle de celui-ci. Mais les deux ont pour point commun de garder le tuyaux et agrandir les tuyaux. Et l'extreme gauche, veut enlever le tuyau. Ca existe en France mais c'est minorité. C'est la NPA et le PCF c'est 2% de vote. Vous pouvez retrouver plus d'info avec un schéma ici ou encore un réel ici

2) La deuxième en propose une réponse libératoire par rapport aux pratiques antérieures. 

Par exemple, en réponse aux critiques d'un capitalisme oppressif, celui-ci a contourné le problème en proposant un compromis promettant une "réalisation de soi". Ce compromis permet aux individus de se reconnaître et d'être reconnus par les autres, en adoptant un idéal de vie proche de l'Aufklärung de Kant. Mais en réalité bien qu'il y est de nombreuses réponses, encore une fois le problème est contourné et est toujours présent. Oui c'est toute la rhétorique du développement personnel qui a pris racine grâce à la psychologie à base de "devenir une meilleure version de soi"... certes merci du nouveau tuyau mais les problèmes de fond restent les mêmes (Critique sociale : Inégalité et Egoisme) et en plus, ce nouveau tuyau à crée de nouveaux problèmes



Autre exemple: La technique contournement par autoflagellation, qui se manifeste à travers l'humour dans le talkshow, l’art ou encore des discours lors de cérémonie comme les césars. Nous avons par exemple Jeanne Balibar qui a dénoncé de manière implicite les comportements sexistes présents dans l'industrie cinématographique ou encore Aïssa Maïga, en 2020, qui confronté le cinéma à son manque de diversité. Cette technique permet de donner bonne conscience en permettant aux artistes de s'exprimer librement sur des sujets critiques, tout en maintenant l'ordre établi. MAIS LE TUYAAAAAU IL EST TOUJOURS LAAAA

En conclusion


Ainsi, dans leur ouvrage, Luc Boltanski et Ève Chiapello mettent en lumière les limites de la critique, montrant que la force du capitalisme réside dans sa capacité à paralyser toute tentative de remise en question. D'une part, la critique permet un socle de base pour s'exprimer et occupe une place de choix dans les médias. Cependant, d'autre part, « la libération désirée n’a pas sonné, le glas du capitalisme » (p.568). D’après les auteurs, la critique artiste a ouvert la possibilité pour le capitalisme de prendre appui sur de nouvelles formes de contrôle et de marchandisation, créant ainsi de nouveaux biens plus individualisés et authentiques (p.569). Bien que la majorité des problèmes auxquelles nous sommes confrontés découlent du capitalisme, à aucun moment la réponse sera "ok on va enlever les tuyaux". On va juste contourner le problème et de nouveaux ne cessent d'apparaitre. 


Si jamais tu veux en savoir encore plus sur le sujet, il y a deux vidéos très chouettes. 
- De la critique du capitalisme. (Luc Boltanski & Eve Chiapello) SM#32
Macron et l'ubérisation, ou le nouvel esprit du capitalisme [Vlog]

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