Pourquoi je suis féministe matérialiste

Avant de te lancer dans la lecture de ce post, je t'invite à regarder cette vidéo qui explique les différents courants de féminisme. 


Qui sont les féministes matérialistes.

Définition


    "Le féminisme matérialiste est un courant théorique (principalement) français du féminisme radical issu de la deuxième vague féministe qui s'est caractérisé par l'usage d'outils conceptuels issus du marxisme pour théoriser le patriarcat. Il s'est notamment formé autour de la revue Questions féministes.

     Pour ce courant, profondément anti-essentialiste, l'origine du patriarcat ne doit surtout pas être cherchée dans une quelconque nature spécifique des femmes, qu'elle soit biologique ou psychologique, mais bien dans l'organisation de la société. Les féministes matérialistes se sont donc attachées à analyser les « rapports sociaux de sexe » (c'est-à-dire le genre), comme un rapport entre des classes sociales antagonistes (la classe des hommes et la classe des femmes), et non entre des groupes biologiques. 

La perspective politique qui en découle est donc révolutionnaire, car la lutte des classes de sexe doit aboutir à la disparition de ces classes et donc du genre"

Je ne vais pas vous faire l'histoire de ce mouvement, je vous laisser allez le lire ici si ça vous intéresse. Je vais me concentrer sur une analyse plutôt sociologique du féminisme matérialiste et expliquer quelques termes. 


Materialisme

    Il a y a un certain nombre d'incompréhension autour de terme matérialisme. Le mot "matérialiste" est socialement utilisé pour désigner des personnes ou des idéologies qui se concentrent sur leurs intérêts "matériels", financier.  Ce n'est pas le cas dans les milieux féministes. 
Le terme de Matérialisme renvoie "à un courant du féminisme qui est né en France dans les années 1970, qui s’est fondé sur des analyses marxistes" 
Marx (et Friedrich Engels au XIXe siècle), passionné des sciences humaines et sociales, remarque que la politique ne peut pas être séparée de l’économie. Il découvre que les formes politiques ont pour racine les luttes sociales et les conditions matérielles de la société. Ce sont les rapports entre les humains pour la production de leurs moyens d’existence qui déterminent l’expression de ces rapports dans des lois et des constitutions d’État et non pas l’inverse. C’est pourquoi on dit que le marxisme est matérialiste


    Le problème avec le marxisme, c'est qu'une sorte de "promesse" a été faites aux femmes "La lutte des classes va aussi vous aider, mais on verra ça après". Le travail des femmes étaient totalement invisibles dans les luttes marxistes. C'est pourquoi, en 1970, des femmes décident d'appliquer la pensée marxiste à leur propre lutte sociale. 
Si, comme l'explique Marx, ceux en bas de l'échelle sociale (prolétaires) travaillent de façon acharnés pour enrichir les personnes en haut de l'échelle sociale. Les femmes, tout comme les prolétaires, travaillent de façon acharnées (et gratuitement) pour enrichir les hommes, au-dessus d'elles cette pyramide sociale.
Ainsi, à travers un prisme de genre, on peut apercevoir que système capitalisme (et donc le patriarcat) se nourrit du travail des femmes (travail domestique, du corps, du "care" et ainsi de suite).


De façon synthétique : 



Néanmoins, nous avons deux groupes de féministes qui s'inspirent des travaux de Marx.
    D'un côté, les féministes Marxiste (ou socialistes) notamment Alexandra Kollotaï ou la française Aurore Koechlin. De l'autre, les féministes Matérialistes avec Christine Delphy (je vous invite à lire ces recherches).
La différence étant que les féministes matérialistes analysent l'antagonisme femmes/hommes comme des rapports sociaux de classes, à l'inverse de Marx (et des féministes marxistes qui lui succèdent) qui ne reconnait que l'antagonisme prolétaires/capitalistes et qui gardent une vision idéaliste de la situation des femmes. De plus, le féminisme matérialisme est également axé sur l'intersectionnalité, c'est-à-dire sur la façon dont les différentes formes de discrimination, telles que le genre, l'éthnie, la classe et l'orientation sexuelle, interagissent et sont renforcées les unes par les autres. Selon cette perspective, il est impossible de comprendre pleinement l'oppression des femmes sans tenir compte de ces autres formes de discrimination.

Et leurs luttes ? 

    Le féminisme matérialisme vise à lutter contre les inégalités entre les sexes en mettant en lumière les structures économiques et politiques qui les maintiennent et en proposant des solutions pour les surmonter.  
    Pour cette branche précisément, tout s'articule autour du travail. Ces féministes souhaitent qu'on reconnaisse tout le travail invisible de ces femmes et qu'on le paye à sa juste valeur. Ainsi, à l'inverse des libérales, c'est au sein du foyer, dans la structure familiale et donc dans le privé qu'il faut intervenir. La famille (le couple hétérosexuelle) sont des leviers à l'exploitation du travail des femmes. Tout comme dans la pensée d'Engel, "l’apparition de la propriété privée (et de la famille traditionnelle) a été la grande défaite historique des femmes. De celle-ci a découlé une obligation de transmettre ses propriétés et donc la nécessité du mariage monogame et du contrôle des femmes par les pères puis les maris. Par exemple: l’abolition de cette propriété privée mènerait à l’abolition du mariage et de la famille." (Cottais, 2021). 
    De plus, le mariage comme un contrat de travail par lequel le chef de famille – le mari – s’approprie tout le travail effectué par la femme en échange de son entretien. Puisque derrière ce que l'on nomme de façon banale "les tâches ménagères", se cache un des systèmes économiques principal d'exploitation des femmes (Delphy, 1970)Il ne s'agit donc pas de se focaliser sur la nature des tâches effectuées (comme le ménage, la vaisselle, etc.), mais sur le rapport de production dans lequel elles ont lieu : qui travaille pour qui et dans quelles conditions.


Qu'est ce que ce courant reproches au féminisme libéral ? 

Le féminisme libéral est critiqué par certaines féministes radicales pour plusieurs raisons.

    Tout d'abord, le féminisme libéral met l'accent sur l'égalité individuelle des droits entre les femmes et les hommes, mais il ne prend pas en compte les différences de privilèges entre les femmes en fonction de leur ethnie, de leur classe sociale, de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Les féministes radicales soutiennent que cette approche ne peut pas pleinement lutter contre les oppressions subies par les femmes et que le féminisme doit s'attaquer aux systèmes de domination en place.
    Deuxièmement, le féminisme libéral met l'accent sur l'indépendance et l'autonomie individuelle, ce qui peut être perçu comme étant en contradiction avec les valeurs collectives et solidaires prônées par les féministes radicales. Pour ces dernières, la lutte pour l'égalité des sexes doit se faire en collaboration avec d'autres mouvements sociaux et doit être intégrée à une vision plus globale de transformation sociale.
    Enfin, certaines féministes radicales estiment que le féminisme libéral est coopté par le système et ne permet pas de remettre en cause les structures de pouvoir en place. Selon elles, le féminisme libéral tend à s'intégrer aux normes et aux valeurs dominantes, ce qui limite sa capacité à proposer des changements radicaux.

Il est important de noter que ces critiques ne sont pas partagées par toutes les féministes et que le féminisme est un mouvement divers et complexe. Il y a de nombreuses approches différentes au féminisme et il est important de respecter les différentes visions et stratégies des femmes qui luttent pour l'égalité des sexes.

Léa C, "et si c'était faux"
Je suis dys, il a y probablement des fautes et des coquilles.
Si jamais, tu peux me le dire, sinon c'est ok aussi !

Pour aller encore plus loin :

- Monique Wittig, La pensée straight, Paris, Amsterdam, 2018
- Christine Delphy, « Pour un féminisme matérialiste »
Colette Guillaumin, « Pratique du pouvoir et idée de nature », Questions féministes
Paola Tabet, La Construction de l'inégalité des sexes : des outils et des corps, Paris, L'Harmattan, 1998.
Christine Delphy et Diana Leonard, L’exploitation domestique, Paris, Syllepse, coll. « Nouvelles questions féministes », 

Enregistrer un commentaire

5 Commentaires

  1. Super article, bravo !

    RépondreSupprimer
  2. Du coup tu as expliqué ce qu'était le feministe materialiste mais tu n'as pas expliqué pourquoi tu l'étais ou alors je n'ai pas tt compris !

    RépondreSupprimer
  3. Hey, super article ! Un livre qui détaille bien cette idée de travail reproductif est L’Arcane de la reproduction. Femmes au foyer, prostituées, ouvriers et capital, Genève/Paris, Entremonde, 2022 de Leopoldina Fortunati :)

    RépondreSupprimer
  4. J'arrive 107 ans après la bataille et je découvre à peine cet article que tu as publié en janvier. Merci de m'aider à mieux comprendre où je me situe dans mon féminisme :)

    RépondreSupprimer

Love u !