Les normes sociales nous rendent-elles vulnérables ?


Si l’on plongeait subitement une grenouille dans de l’eau chaude, elle s’échapperait d’un bond. Alors que si on la plongeait dans l’eau froide et que l’on portait très progressivement l’eau à ébullition, la grenouille s’engourdirait ou s’habituerait à la température et finirait ébouillantée.
 Et si on appliquait cette métaphore à toute une société en se demandant si les normes sociales en occident rendraient les individus de plus en plus vulnérables sans qu'ils en aient conscience.

Ce texte n'a pas de vocation sociologique, il questionne seulement les normes.

Pour Durkheim, une société n'est pas un groupe d'individus qui habitent dans le même endroit géographique. Elle est « avant tout un ensemble d'idées, de croyances, de sentiments de toutes sortes qui se réalisent par les individus ». Une société désigne un ensemble de personnes qui partagent des normes, des comportements et une culture, et qui interagissent en coopération pour former des groupes sociaux ou une communauté. La société évolue, s’adapte sans cesse à de nouvelles problématiques.

    A partir du 18ème siècle, la société est confrontée à l’émergence de nouvelles technologies, c'est la société du progrès. Par exemple, on retrouve la machine à vapeur de Watt ou l’encyclopédie qui permet la diffusion de ces nouvelles techniques. Pendant ce siècle, les sociétés font profondément changer. Avec ces progrès naissent les premières industries et le niveau de vie progresse dans tout l’Europe. Je ne vais pas vous faire un cours d'histoire des sociétés, mais c'est très intéressant et ça permet de comprendre celle dans laquelle nous sommes aujourd'hui. 
    En 2022, nous sommes dans une société dites d'hyperconsommation. L’idée d'une société de consommation sonne maintenant comme une évidence, elle apparaît comme l’une des représentations les plus emblématiques de la vie quotidienne dans les sociétés contemporaine. Quant à  l’expression de « société d’hyperconsommation », celle-ci apparaît pour la première fois dans les années 1920.  Elle se popularise dans les années 1950-1960. Ce sont des expressions populaires qui désignent notre société. Cependant, on en retrouve d'autres, dont une qui m'intéresse particulièrement c'est l'expression "société du risque" utilisé par  le sociologue Ulrich Beck. Une société où la vie, à travers le biopolitique a pris-le devant de tout l’espace médiatique, ou chaque vie est monnayable. On l'a vu notamment à travers le scandale des pizzas surgelées où la société Buttoni aurait proposé 20euros de bon d'achat aux familles des victimes. Pour Foucault, qu’importe la qualité de la vie, le plus important c’est d’être en vie (la gestion de la crise du covid en est un très bon exemple).



    Ewald François, écrit la « typologie du risque » en 1993 et montre que nous sommes passés d’une société de prévoyance, où l’on prévenait des risques, à une société de précaution, où l’assurance prend en charge les risques et promets à l’individu la sécurité. 
Ce que je souhaite questionne aujourd'hui c'est cette "sécurité". Est-ce qu'elle existe et si oui comment ? Et voir si elle nous rend plus forts ou plus vulnérables ? 

La sécurité à travers les normes sociales

    Dans les sociétés occidentales, quand un enfant nait, toute une ritualisation se met en place. Le.s parent.s organise.nt une fête pour révéler le sexe (ou pas), lui donne.nt un nom et l’éduque.nt en fonction de celui-ci. C'est une norme sociale. Une norme sociale réfère à une façon de faire ou d'agir, une règle de conduite tacite ou écrite, qui a prévalence dans une société ou un groupe social donné. Elle est légitimée par des habitudes, des valeurs, des croyances partagées au sein d'un collectif donné, ainsi que par le contrôle social exercé.
Ainsi, ses normes sociales passent tout d’abord par l’éducation, relayé par l’école, les médias et ainsi de suite. Par exemple dès le plus jeune âge, on apprend qu'il ne faut rien mettre dans sa bouche, qu'il faut se laver les mains, qu'il ne faut pas parler aux inconnus, qu'il faut regarder à droite et à gauche quand on traverse la route... On retrouve une liste non exhaustives de choses à faire et à ne pas faire. Une "hyper" vigilance s'installe concernant les risques encouru par l'enfant. 
Néanmoins, est-ce que ces risques existent vraiment ? Où est-ce le parent qui projette sur l'enfant ses propres peurs et angoisses ? Puisqu’en tant qu’adultes conditionnés, nous avons aussi été éduqué avec ces normes sans jamais apprendre à les questionner. 

Le risque n'existe pas. 
Théorie culturelle du risque.

    Mary Douglas et ses collègues ont développé la théorie culturelle du risque au début des années 1980La théorie culturelle considère la perception du risque comme un processus social par lequel certains risques sont reconnus tandis que d'autres sont supprimés en fonction des valeurs et de la forme d'ordre social préférée (c'est-à-dire la vision du monde). Comme l'expliquent Wildasky et Dake (1990), « les individus choisissent ce qu'ils doivent craindre (et à quel point ils doivent le craindre) afin de soutenir leur mode de vie ». Selon Mary Douglas, le risque est une construction sociale où les individus évaluent les mêmes dangers mais en viennent à des opinions différentes sur le risque en fonction de préjugés culturels sous-jacents associés à leur mode de vie. Boire de l'alcool n'a pas le même impact en fonction de notre genre, âge, ou appartenance sociale. 
    Mary Douglas note qu'un « risque acceptable » (c'est-à-dire un risque socialement souhaitable notions de sécurité) est toujours une question politique et jamais une probabilité. On retrouve une liste non exhaustive de "risques acceptables", comme conduire vite, sauter en parachute, faire l'armée. De plus, cette prise de risque donne aux individus un statut, celui d’une personne cool et courageuse.
Une autre façon de résumer ces positions est de penser à l'axe du groupe comme répondant à la question « qui suis-je ? » (ou « avec qui suis-je ? ») et l'axe de la grille comme réponse à la question « comment dois-je me comporter ? »
Source : Typologie grid-group de M. Douglas selon Peretti-Watel (2005, p. 21)

Sommes-nous pousser à devenir égoïste ? 

    En France, nous avons une politique qui se veut "hiérarchique", mais avec la politique actuelle, on tend de plus en plus vers le modèle américain soit individualiste. Ce modèle individualiste c'est ce goal de l'entrepreneur qui se fait tout seul, où l’individualité est de plus en plus priorisé. Une société où la réussite sociale se calcule en fonction de son élévation sociale et de son compte en banque. Conditionné.e.s à avoir peur de l’autre, à le juger, le mettre de côté pour ne prendre aucun risque, tout en ignorant ceux que nous prenons au quotidien qui sont, souvent, bien plus grands. On préfère pointer l'autre du doigt et exclure ceux qui ne suivent pas les règles (cf covid, personnes grosses et ainsi de suite), les avis dissidents, les croyances diverses. 
    Les médias jouent un rôle important dans ses normes et la peur des individus. Ils ne cessent de faire du sensationnelle sur des risques qu’on ne rencontre que rarement. Dans une société rattrapée par le progrès, les scientifiques ne cessent de mettre en lumière de nouveaux risques. On en vient, comme le dit Beck dans la société du risque (1986), à oublier les anciens qui sont bien souvent plus dangereux que les nouveaux (ex: plus peur d'un attentat que de fumer quotidiennement). Mais, anciens ou nouveaux, il est important de taire les prises de risques qui font fonctionner une société capitaliste. Par exemple, on connait depuis très longtemps les risques de l'alcool ou encore l'acharnement au travail, mais peu de médias en parle. Ainsi, on se retrouve dans une société anxiogène, où on se blâme, se compare, se fait la guerre à travers un besoin excessif de contrôler et planification (normes valorisées). 
    Cette société du « toujours plus », où le biocapitalisme* a remplacé la standardisation de l’objet par celle de l’individu (Chirurgie et  normes de beautés dangereuses). Mais il est toujours plus simple de prendre un risque valorisé socialement (qu'importe le danger), plutôt que de prendre le risque d’être exclu de celle-ci.


    En conclusion, nous nous retrouvons face à une société, qui à travers sa politique et ses normes sociales, nous conditionnerait à l'égoïsme tout en donnant l’illusion du collectif. 
La notion de prise de risque est omniprésente dans notre société, ce paradoxe où nous avons peur de tout et de l'autre mais où nous sommes "obligé.e.s" de prendre des risques pour ne pas être mis à l'écart. Ainsi, on pourrait dire que l’individu n’existe qu’à travers une masse, où de plus en plus de phobies sociales émergent, celles-ci favoriseraient d’après Le Breton, à la manipulation de la société. 
    La société capitaliste, à travers la science et les normes induites, peut continuer de se positionner en tant que sauveur de l’individu, tout en continuant de capitaliser sur la masse. Ainsi, la domestication individuelle, à travers les normes, nous rend plus dociles et plus conciliants, ne voyant pas que l’eau est en train de bouillir, nous perdons peu à peu notre liberté et notre démocratie. Cependant comme le rappelle Beck ou encore Foucault, le pouvoir vient de l’intérieur et il est important de se révolter, de faire appel à une « sous politique », de remettre en question le pouvoir, la science, déconstruire toutes ces normes pour pouvoir ainsi, espérer pour les futures générations, sortir de la marmite. Mais pour ça, il faudrait être des grenouilles, peut-être que nous sommes simplement des serpents...

Pour aller plus loin et sources : 

Articles :  
- Perception of risk - Slovic 1987 
- Cultural theory and risk - Tansey et O'Riordan 1999

Pourquoi tu vas aussi mal ? (le néolibéralisme) 
Ulrich Beck et la société du risque
Les formes contemporaines de la biopolitique


Livre : 
Les besoins artificiels - Razmig Keucheyan - 2019*
- Le bonheur paradoxal - Gilles Lipovetsky - 2009

- Risk and BlamEssays in Cultural Theory - Mary Douglas - 1992
La Naissance de la biopolitique - Michel Foucault




Ps: Je suis dys, il a y probablement des fautes et des coquilles.
Si jamais, tu peux me le dire, sinon c'est ok aussi !





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1 Commentaires

  1. tu sautes d'idée en idée sans faire le lien, c'est dommage pcq c'est incompréhensible du coup :(

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Love u !